Périgueux : les secrets de la source qui alimente la ville (vidéos)

Patrick Rousseau, du comité de spéléologie, et Guillaume Lorette, le jeune chercheur ©HERVÉ CHASSAIN

Une longue étude a permis de mieux comprendre le fonctionnement de la résurgence du Toulon.

Depuis quatre ans, Guillaume Lorette, hydrogéologue à l’Institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux, I2M, prépare sa thèse de doctorat sur l’étonnante source de l’Abîme, qui alimente tout Périgueux (Dordogne) et une partie des communes voisines. Cette résurgence a toujours étonné par son énorme débit d’une eau d’excellente qualité. Une grande partie de cette eau, non utilisée, part directement dans l’Isle.

« On se pose depuis des années des questions sur l’origine de cette ressource », explique le jeune chercheur. Il sort en moyenne 35 000 mètres cubes par jour, de 300 à 950 litres par seconde ! Ces mystères se sont épaissis en novembre 2005 lorsqu’elle s’est tarie brusquement. Une panne qui a duré une journée. « Il y avait déjà eu des incidents équivalents en 1870 et 1922. On pense qu’il s’agissait d’effondrements qui ont comblé un temps les cavités. Elles ont été débouchées par la pression ». Heureusement.

Mini-effondrements

La station de mesure très sophistiquée et inédite par son équipement qui a été installée il y a trois ans fait apparaître de brefs épisodes boueux, en moyenne un par an, qui laissent penser à de mini-effondrements souterrains. Difficile de les empêcher, mais on pourrait peut-être les prévoir. Le matériel financé par de nombreux partenaires analyse de très nombreux paramètres géochimiques et hydrodynamiques : éléments dissous, débits, polluants éventuels…

Plan présumé du réseau et station de mesure avec Jean-christophe studer directeur de l’usine des eaux Suez et guillaume Lorette le jeune chercheurCRÉDIT ©PHOTO : HERVÉ CHASSAIN

On peut ainsi suivre le taux de nitrate qui a monté doucement depuis 40 ans. « Elle n’est qu’à 10 milligrammes par litre, la limite acceptable est à 50 mg ». Jean-Christophe Studer, le responsable de l’usine de traitement des eaux Suez, est convaincu « de l’importance de mieux comprendre cette source pour mieux exploiter au quotidien cette ressource  ».

La Ville de Périgueux devrait d’ailleurs mener dans les prochains mois des travaux pour améliorer la prise d’eau de secours dans l’Isle, ainsi qu’une rénovation et de mise aux normes de la station de traitement d’eau potable.

Deux origines de l’eau

La principale découverte de cette étude est d’avoir permis de différencier les deux origines de l’eau de la source de l’Abîme et de sa voisine du Cluzeau, qui sort du sol à 13 degrés. Guillaume Lorette explique : « il y a celle venue des profondeurs qui est d’excellente qualité que l’on trouve toute l’année. Elle se mélange à celle de surface qui est liée aux précipitations et qui est un peu dégradée ». Bref, en période de sécheresse, la qualité de l’eau est bien meilleure tout en restant très abondante.

Il s’agissait ensuite de déterminer le bassin-versant, la zone d’où arrive l’eau qui sort au Toulon. Sur une zone d’études de 150 km² qui va jusqu’à Négrondes, un secteur de 50 km² qui part du sud d’Agonac est désormais retenu. Les colorations menées chaque année (dont une ces derniers jours) précisent les contours de ce périmètre de protection.

Un gros travail est mené sur le terrain depuis des années par les spéléologues. Patrick Rousseau, leur président départemental, est très investi : recherche systématique des trous et failles en liaison avec le réseau souterrain, rencontre avec les habitants et les chercheurs, opération de coloration la géologue départementale et les pompiers…

Il y a encore bien des mystères à percer sous ces collines et plateaux karstiques en calcaire formés il y a 100 millions d’années.

Partenariat inédit pour la recherche

Personne n’a rien vu à son robinet. Pourtant la semaine dernière, des colorants versés dans des trous sur les collines vers Agonac (jaune-vert avec la fluorescéine ou rose avec la sulforhodamine) ont réapparu dans l’eau de la source du Toulon, qui alimente tout Périgueux. Ces produits inoffensifs ont permis de vérifier des points d’entrée de l’eau dans le réseau et une vitesse de progression de 26 mètres à l’heure en période de forte pluie.
« Cette connaissance est très importante pour nous, car elle permet d’anticiper sur les traitements de l’eau », explique Jean-Christophe Studer, de la société Suez.

©CRÉDIT PHOTO : DR

L’exploitant de la source pour le compte de la Ville de Périgueux fait partie des partenaires importants d’une opération qu’il pense « unique en France ». Suez, la mairie de Périgueux, le Département, la Région, l’Agence de l’eau, la fédération de spéléologie et l’Université de Bordeaux coopèrent sur ce projet au long court.

Des investissements

Les partenaires ont investi 60 000 euros pour la station de mesure, 15 000 pour des installations météo à Agonac et Champcevinel, sans la rémunération du chercheur durant toute son étude. Plus toutes les opérations sur le terrain : colorations, mise en place de capteurs sur d’autres sources du secteur. En connaissant mieux l’origine de l’eau, on pourra mieux la protéger.

Le chercheur Guillaume Lorette va présenter sa thèse à la fin de l’année, d’autant plus intéressante que la précédente sur ce site date de 1972. Patrick Rousseau, qui sillonne le terrain avec ses amis spéléologues périgourdins depuis 2010, rêve toujours de découvrir une entrée dans ce réseau souterrain qui doit être vaste et complexe.

Hervé CHASSAIN h.chassain@sudouest.fr
Source : Sud-ouest

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